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mercredi 23 août 2017

Equipements de survie

Equipements de survie

En aviation, la sécurité est un maître mot. Si la sécurité des vols est primordiale, celle des équipages l’est tout autant. L’évolution constante des techniques et des équipements de survie offre aujourd’hui au pilote de combat de bonnes chances de survivre à cette épreuve redoutée mais, heureusement, de plus en plus rare qu'est l’éjection.

L’équipement de vol

L’équipement de vol a été spécialement étudié pour garantir la meilleure sécurité possible. Le pilote porte une combinaison de vol en Nomex, une matière spéciale qui offre une bonne résistance au feu. Ses sous-vêtements sont également en Nomex ou en coton. Les tissus synthétiques comme le Nylon sont interdits car au contact d’une chaleur intense ils fondent et entraînent d’importantes lésions corporelles. Dans cette même optique, le pilote chausse des bottes de vol en cuir et porte des gants dont la paume est recouverte de cuir souple.

Equipement de vol
Equipement de vol

Au-dessus de la combinaison de vol vient s’ajuster la combinaison anti-g. Sous fort facteur de charge, celle-ci se gonfle au niveau de l’abdomen et des jambes. Combinée à une technique de contractions musculaires (straining), elle empêche le sang de quitter la partie supérieure du corps et prévient l’apparition de phénomènes liés au manque d’irrigation du cerveau (voile noir, perte de conscience).

Photo 1: Le gilet
Photo 2: Le harnais

Sur le torse vient s’attacher un gilet (photo 1). Utilisé uniquement en opération, le gilet est muni de différentes poches qui peuvent contenir des équipements de survie et notamment une balise radio de type AN/PRC-112 (photo 3) qui peut émettre sur des fréquences codées et un récepteur GPS (photo 4). Le pilote enfile ensuite son harnais (photo 2), qui le rattache à son siège et à son parachute, et enfin son gilet de sauvetage (photo 5). En forme de fer à cheval, celui-ci se gonfle par deux cartouches de gaz carbonique, percutées manuellement par le pilote ou automatiquement au contact de l’eau (photo 6). Le gilet de sauvetage a deux fonctions : il maintient le corps hors de l'eau et surtout, en cas de perte de connaissance, la tête, alourdie par son casque.

Photo 3: Radio de type AN/PRC-112
Photo 4: Récepteur GPS
Photo 5: Le gilet de sauvetage
Photo 6: Le gilet de sauvetage gonflé

 Enfin, les pilotes de combat de la Force Aérienne sont équipés d’un casque en kevlar de type HGU-55/P conçu par la firme Gentex (photo 5). Léger et ajusté à la tête, il comprend deux visières (une claire et une teintée), une mentonnière, des écouteurs et un système d’attache du masque. Plusieurs types de masque sont en service mais le plus récent est le MBU-20/P qui comporte un microphone dont la position est réglable sur deux axes et deux valves (inspiration et expiration) qui facilitent la respiration. L’ajustement correct du masque est essentiel car en cas d’éjection il assure une bonne protection du visage.

Photo 5: Casque en kevlar de type HGU-55/P
Photo 8: Combinaison étanche

Equipement de vol spécifique

Pour les opérations au-dessus de la mer, la combinaison de vol classique fait place à une combinaison étanche (photo 8) à laquelle sont attachés, sous deux rabats cousus sur les manches, des gants en néoprène qui doivent être enfilés impérativement avant d’entrer au contact de l’eau. Les principaux ennemis en cas d’éjection en mer sont la température de l’eau et le temps et le pilote ne dispose généralement que de quelques minutes pour se hisser dans son canot de sauvetage avant de succomber à l’hypothermie.

L’éjection

Le F-16 est équipé d’un siège éjectable Mc Donnell Douglas ACES II (Advanced Concept Ejection Seat II) dont le domaine de fonctionnement s’étend de 0 à 600 noeuds, quelle que soit l’altitude.

Photos 9: Siège éjectable ACES II du F-16
Photos 10: Siège éjectable ACES II du F-16

Le siège est propulsé par une roquette catapulte à combustible solide. Il est équipé d’un système de stabilisation (STAPAC) comportant une roquette auxiliaire mobile orientée par un moteur (photo 11).

Le parachute de sauvetage, surmonté du parachute d’extraction, est logé dans la partie supérieure du siège (derrière la tête du pilote) (photo 12). Le paquetage de survie, lui, est placé dans la partie inférieure du siège (photo 13).

Photo 11: Détail de la cartouche du siège éjectable
Photo 12: Parachute de sauvetage
Photo 13: Paquetage de survie

La séquence d’éjection complète se déroule comme suit :

1 Allumage de la roquette catapulte 0.00 sec.
2 Déploiement du parachute de stabilisation 0.17 sec.
3 Allumage du système STAPAC 0.18 sec.
4
Déploiement du parachute d’extraction et du parachute de sauvetage
1.17 sec.
5 Séparation du parachute de stabilisation du siège 1.32 sec.
6 Séparation pilote - siège 1.42 sec
7 Déploiement total de la voile du parachute de sauvetage 2.80 sec.
8 Déploiement de l’équipement de survie 6.30 sec

Lorsque l’altitude et/ou la vitesse sont trop élevées, les opérations 4 à 8 sont différées. En outre, le parachute de stabilisation ne se déploie pas aux basses vitesses.

La séquence d’éjection du siège Martin Baker MB Mk 10, qui équipe les alpha jet, est assez similaire:

1 Ejection 0.00 sec
2 Allumage du moteur fusée 0.25 sec.
3 Déploiement du parachute de stabilisation 0.50 sec
4 Stabilisation du siège 1.00 sec.
5
Séparation pilote-siège et Déploiement des parachutes d’extraction et de sauvetage
1.50 sec.
6 Déploiement total de la voile du parachute de sauvetage 2.65 sec.
7 Déploiement de l’équipement de survie 5.50 sec.

Le pilote, suspendu à son parachute (photo 14), descend ensuite vers le sol. Sous ses pieds, attaché par une drisse, pend le paquetage de survie et, plus bas, le canot de sauvetage qui se gonfle automatiquement avant de toucher la surface. En cas d’amerrissage, les sangles du parachute de sauvetage se désolidariseront du harnais grâce à deux cartouches mises à feu électriquement au contact de l’eau.

Paquetage de survie (F-16)

Outre le canot de sauvetage, le paquetage de survie comprend plusieurs équipements destinés à permettre au pilote de se nourrir, de se soigner et d’assurer sa survie en attendant sa récupération. Parmi ces équipements figure une radio, activée dès la séparation du siège (photo 15). La balise BE-515, qui peut émettre également sous l’eau (pendant un temps limité), permet de localiser le pilote par satellite.

Photo 14: Le parachute
Photo 15: La radio

Le paquetage se compose également:

  • d’un mini réchaud, de divers “ bouchons ” pour colmater d’éventuelles brèches dans le canot, d’un lanceur de fusées éclairantes. (Photo 16)
  • de fusées de détresse "day and night" (lumière incandescente la nuit ou fumée orange le jour), d'un couteau, d'une scie, de rations de survie, de ficelle, d'une bougie (comestible), d'un manuel de survie, de munitions, de pansements pour soigner les brûlures, d'un désalinisateur d'eau de mer.
  • d’une gamelle, de berlingots d’eau potable, d’un dispositif de purification d’eau, d’un carré d’aluminium destiné à récupérer l’eau de condensation, de pansements compressifs, d’allumettes étanches. (Photo 18)
Photo 16: Mini réchaud - Divers “ bouchons ” - Un lanceur de fusées éclairantes
Photo 17
Photo 18

A cela s’ajoutent encore plusieurs pièces d’équipement utiles telles qu’une gourde souple, des gants, des chaussettes, une trousse de premiers soins, une mini-pompe pour purifier l'eau, un ruban fluorescent, des "light sticks", une boussole,...

En opération, le pilote emporte également dans son gilet un pistolet FN de type Five-seveN ® ainsi que des munitions.

Formation

La survie en milieu hostile ne s’improvise pas. Régulièrement, les spécialistes du CEPS (Centre d’Entraînement Physique et de Survie) organisent pour le personnel navigant de la Force Aérienne, mais également pour quelques armées de l’air étrangères, des exercices de survie en mer ou sur terre. Au cours de ces stages, ces instructeurs, rompus aux techniques de survie et spécialistes du CSAR (combat search and rescue) apprennent ou réapprennent aux équipages les techniques élémentaires qui pourront leur sauver la vie si l'impensable devait se produire.


Texte : Vincent Pécriaux
Photos : Daniel De Wispelaere et Vincent Pécriaux
Note: Reproduction interdite sans l'accord préalable écrit de leurs auteurs respectifs