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vendredi 24 novembre 2017

Missions UAV / RPAS

Drones de surveillance / Recce

Depuis 2002, la Défense met en œuvre des drones de type B-Hunter au sein du 80 UAV Squadron, aujourd'hui basé à Florennes. Cette unité est relativement réduite puisqu'elle compte environ 120 personnes, dont la plupart sont des personnels spécialisés.

Construit par l'association momentanée EAGLE, le B-Hunter n'est en fait qu'un des éléments d'un RPAS (Remotely Piloted Aircraft System) selon la nouvelle terminologie utilisée par l'OTAN qui n'utilise plus les termes d'UAV (Unmanned Aerial Vehicle). Ce système se compose de quatre éléments :

1.L'avion

Le B-Hunter est un drone tactique qui opère dans un rayon d'une centaine de kilomètres de sa station de contrôle. Il évolue typiquement à une vitesse de 65 nœuds et à une altitude de 7000 pieds. Son endurance est d'environ 10 heures. Le B-Hunter transmet ses images en temps réel par ondes radio, ce qui implique la nécessité d'une liaison constante entre l'appareil et l'antenne réceptrice du système. Si nécessaire, ces renseignements peuvent ensuite être retransmis partout dans le monde par satellite ou par un autre moyen de communication. La plus-value du temps réel pour les demandeurs est donc importante.

2.La station de contrôle

L'avion est commandé depuis la Ground Control Station, la station de contrôle. L'équipage se compose d'un officier Mission Commander qui est en contact avec le contrôle aérien et le "client" et qui assure la coordination des deux autres membres de l'équipage, un sous-officier Real Time Observer, qui gère les caméras embarquées, et un Pilot Navigator, lui aussi sous-officier, qui pilote l' avion. A noter que l'appareil se pilote non pas avec un stick mais à l'aide d'une trackball. Les joysticks présents sur les consoles servent essentiellement à la manipulation des caméras.

vp-console gauche pn thumb Console centrale Mission Commander Console droite Real Time Observer

3.L'antenne

La transmission des données entre l'appareil et la station de contrôle (commandes et données de vol, images) se fait par l'intermédiaire du Ground Data Terminal, équipé d'une antenne directionnelle et de deux antennes omnidirectionnelles. Au sol, la communication des données et informations entre l'antenne, la station de contrôle et les autres instruments déployés passent par un réseau de fibre optique.

Véhicule équipé d'une antenne de transmission Badge 80UAV Le poste de commande

4.Le senseur

Le B-Hunter est équipé d'un système optique gyrostabilisé dénommé MSOP (Multiple Optronic Stabilized Payload) constitué d'une caméra multidirectionnelle de jour et d'une caméra thermique équipée d'un zoom de 280 mm. Le choix du senseur s'effectue depuis la station de contrôle.

L'antenne du B-Hunter Le déflecteur situé sous l'aile gauche Le MSOP

Formation

Après avoir passé la visite médicale et les tests psychotechniques, les futurs Pilot Navigator et Mission Commander se rendent à Saffraanberg pour une période de dix semaines afin d'y apprendre la météorologie, l'aérologie, les procédures de trafic de contrôle aérien... La suite de la formation se déroule en unité, à Florennes. Là, ils apprendront à connaître les caractéristiques de l'appareil. C'est là aussi qu'après plusieurs séances de simulateur ils effectueront leur premier vol. Le pilote devient basic qualified après environ un an et 20 heures de vol. Il en faudra encore 50, soit une année supplémentaire, pour qu'il soit combat ready.

Le Real Time Observer quant à lui reçoit une formation en renseignement car il doit être en mesure de fournir un premier rapport au demandeur des images. Il suit un stage de deux mois au Royaume-Uni en analyse d'images et rejoint par la suite les autres membres de l'équipage à Florennes pour y poursuivre son cursus.

Il est à noter que les équipages ne sont pas fixes et que le Mission Commander doit avoir suivi une formation de PN et idéalement de RTO.

Opérations et déploiements

La densité de la population et de l'espace aérien ainsi que la saturation du spectre électromagnétique limitent les zones d'opération des B-Hunter en Belgique, même si au fil des ans la situation a évolué favorablement.

Afin de conserver les qualifications des équipages en période hivernale, l'escadrille se déploie annuellement dans le sud de l'Europe, par exemple sur la base de Beja au Portugal où les conditions météorologiques sont plus favorables qu'en Belgique à cette époque de l'année.

Tous les ans également, l'unité détache quatre à six machines sur la base de Coxyde, sur la côte. Un accord conclu par le gouvernement fédéral et la Région flamande met ce détachement à disposition du Carrefour d'Informations Maritime (CIM) pour des missions de lutte antipollution et de contrôle de la pêche. Les images des contrevenants pris en flagrant délit de dégazage ou de pêche illégale sont transmises immédiatement au CIM qui prendra les mesures appropriées après les avoir analysées en concertation avec une cellule de liaison de l'escadrille déployée dans ses installations. Cent heures de vol sont dévolues à ces missions au-dessus de la mer du Nord.

Surveillance de navire Surveillance de navire Surveillance de navire

Chaque détachement comprend une cinquantaine de personnes et met en œuvre une seule machine à la fois mais pour des raisons de redondance et de sécurité, deux stations et deux antennes (primary et back-up) sont déployées. L'emploi de terrains d'aviation militaires offre un avantage non négligeable en termes d'infrastructure et de logistique (logement, carburant, ateliers de maintenance...) mais le B-Hunter peut parfaitement opérer depuis des terrains peu préparés.

Déploiement des B-Hunter à Coxyde Déploiement des B-Hunter à Coxyde Déploiement des B-Hunter à Coxyde
Déploiement des B-Hunter à Coxyde
Déploiement des B-Hunter à Coxyd
Déploiement des B-Hunter à Coxyd

Les principales restrictions auxquelles doivent faire face les drones de la Défense sont d'ordre météorologique. Le B-Hunter n'a pas de système de dégivrage et les nuages ou le brouillard peuvent empêcher également une utilisation efficace des caméras et perturber la mission. L'appareil dispose néanmoins de systèmes qui garantissent la sécurité des opérations. Pour l'atterrissage, la visibilité ne doit pas être inférieure à 1500 mètres sur le plan horizontal et à 350 pieds sur le plan vertical. Le pilote doit en effet amener l'avion dans une fenêtre de 300 mètres sur 100 pour que le Remote Autolanding Position Sensor accroche à l'aide de son faisceau laser le déflecteur placé sous son aile droite et guide l'appareil automatiquement sur une trajectoire idéale qui le mènera sur la piste. En cas de dysfonctionnement ou de perte de contact avec l'avion, celui-ci se dirigera automatiquement vers une zone prédéfinie et si le contact n'est pas rétabli, déclenchera un parachute qui le ramènera en toute sécurité au sol lorsqu'il aura épuisé son carburant.

Un vaste éventail de missions

Le B-Hunter reste avant tout un appareil militaire qui accomplit des missions de renseignement pour le compte des Forces armées. Il peut venir en appui d'unités sur le terrain, faire de l'escorte de convois, ouvrir des itinéraires, surveiller des objectifs à haute valeur ajoutée...

Mais le drone peut aussi assurer des missions pour les autorités civiles. Outre la lutte antipollution ou contre la pêche illégale, il a déjà été utilisé pour surveiller des incendies dans les Fagnes, participer à des exercices en coordination avec des unités d'élite de la police ou recenser le gibier dans les forêts wallonnes.

Le B-Hunter à Florennes Le B-Hunter à Florennes Le B-Hunter à Florennes

L'éventail des missions est donc très vaste et la flexibilité du système en fait un atout tant pour les autorités militaires que civiles.

Avec près de dix ans d'expérience, la Belgique fait office de précurseur dans l'utilisation des drones, surtout dans leur intégration dans l'espace aérien, et jouit d'une expertise reconnue au niveau international. Une expertise qu'elle a déjà démontrée en 2005 sur le théâtre bosniaque et une année plus tard en République démocratique du Congo.

80 UAV


Texte : Vincent Pécriaux
Photos : 80 UAV squadron, Daniel De Wispelaere et Vincent Pécriaux
Mise en page : Daniel De Wispelaere
Note : Reproduction interdite sans l'accord préalable écrit de leurs auteurs respectifs.


Un merci tout particulier au Major Ruaux, commandant du 80 UAV Squadron, et à son personnel pour leur disponibilité et leur aide à la réalisation de ce reportage.