AMB
samedi 21 octobre 2017

Opération Desert Falcon

titre odf 2015

Du 1er octobre 2014 au 30 juin 2015, la Composante Air a déployé six F-16 sur la base jordanienne d'Azraq au sein de la Coalition internationale engagée contre l'organisation terroriste 'Etat islamique' (E.I.). En cinq rotations, 618 personnels - dont 48 pilotes - ont participé à l'opération.

En plus du personnel du détachement ODF stationné en Jordanie, une représentation belge était également présente au CAOC d'Al Udeid au Quatar, d'où étaient dirigées les opérations aériennes de la Coalition.

Le gouvernement belge avait marqué son accord sur l'engagement de F-16 au-dessus de l'Irak dans le cadre de l'article 51 du chapitre 7 de la Charte des Nations Unies et moyennant le respect de règles d'engagement très strictes.

Missions

Les pilotes belges ont mené dans le ciel irakien trois types de missions :

  • - air interdiction (deliberate targeting)
  • - close air support (dynamic targeting)
  • - reconnaissance

Les missions d'air interdiction avaient pour but de détruire les zones de concentration de troupes de l'E.I., ses centres de commandement et ses infrastructures stratégiques afin d'affaiblir son potentiel militaire. Ces missions étaient planifiées. La veille, à la réception de l'Air Tasking Order (ATO), la cellule 'Ops' composée de spécialistes en Mission planning, Intelligence, Ground Liaison (GLO), Operational Assistance, Electronic Warfare et Imagery Analysis entrait en action.

Quatre à six heures avant le décollage, l''Intel' et le 'GLO' peaufinaient les derniers détails du briefing des pilotes. L''Intel' s'occupait des aspects aériens de la mission et le 'GLO' de la coordination entre les chasseurs et les troupes au sol. De son côté, le 'Mission planning' préparait les différentes routes et objectifs à traiter. Au moment du 'step', les pilotes recevaient encore de l''assistant ops' les dernières mises à jour météo. Ce spécialiste assurait également la liaison entre les échelons technique et opérationnel.

Les frappes s'effectuaient à l'aide de munitions de haute précision afin d'éviter tout dommage collatéral. Elles devaient préalablement être validées par le Red Card Holder qui, depuis Al Udeid, vérifiait que tous les paramètres répondaient aux règles d'engagement définies par les autorités belges. Il se basait pour ce faire sur des renseignements fournis par des drones ou des troupes au sol. La décision de frapper la cible revenait néanmoins à chaque pilote qui, en fonction de toutes les informations dont il disposait au-dessus de l'objectif, pouvait à tout moment interrompre la mission, si elle présentait un danger pour des civils à proximité, par exemple.

Les illustrations ci-dessous extraites d'un film pris par le pod Sniper présentent la destruction de deux bâtiments abritant un centre de commandement de l'E.I. On note que les bâtiments adjacents sont toujours debout.

ODF - Air Interdiction ODF - Air Interdiction ODF - Air Interdiction

Pour les missions de close air support, les pilotes ne se voyaient pas assigner d'objectif spécifique. Ils devaient couvrir une zone déterminée et venir si nécessaire en appui des troupes irakiennes ou des peshmergas pris sous le feu ennemi. Les interventions aériennes, menées parfois en zone urbaine, exigeaient ici aussi des frappes d'une extrême précision.

Ces deux illustrations montrent la désignation et la destruction à l'aide d'une bombe de 250 kilos d'un bâtiment d'où un sniper de l'E.I. tirait sur des troupes alliées.

Close Air Support Close Air Support

Les qualités du pod Sniper ont fait du F-16 belge un vecteur de reconnaissance particulièrement apprécié de la Coalition. Les pilotes de la Composante Air ont ainsi effectué des missions de reconnaissance pour déterminer de futures cibles, faire du renseignement pur ou préparer des avancées de troupes au sol.

Le pod AN/AAQ-33 Sniper Images provenant d'un pod AN/AAQ-33 Sniper F-16AM équipé d'un pod AN/AAQ-33 Sniper

Au retour de mission, les pilotes ramenaient une moisson d'informations sous forme d'images et de signaux électroniques qui étaient analysés pour être utilisés lors de prochaines missions.

Système d'armes

Les frappes aériennes effectuées par le détachement ODF l'ont été au moyen de bombes guidées de types GBU-12, GBU-31, GBU-38 ou GBU-54  en fonction des objectifs à traiter. Le canon a également été utilisé mais n'était pas l'option privilégiée car les pilotes, obligés de descendre à plus basse altitude, se retrouvaient exposés aux tirs venus du sol.

Bilan et perspectives

Le 20 juillet 2015, la Défense a présenté à la presse le bilan de l'Opération Desert Falcon.

Les F-16 belges ont réalisé 5,5 % des missions tactiques de la Coalition. Les pilotes ont effectué 3552 heures de vol, soit une moyenne de 75 heures par pilote. Les missions avaient une durée moyenne de 4h30 et nécessitaient plusieurs ravitaillements en vol. Elles étaient menées de jour ou de nuit. Les pilotes opéraient selon un système de shift de six heures (6-12, 12-18, 18-24, 24-6). Ce shift changeait chaque semaine. Un rythme soutenu et éprouvant sous des températures particulièrement élevées et sur une base où les opérations se poursuivaient 24 heures sur 24.

Au total, 796 sorties ont été exécutées et 163 objectifs ont été bombardés. Toutes les missions ont été qualifiées de réussite, n'entraînant aucun dommage collatéral.

D'un point de vue général, l'arme aérienne, flexible et rapide, a montré toute son utilité dans son rôle de soutien aux troupes. Depuis le début de la campagne, la progression de l'E.I. a été stoppée et l'organisation terroriste a perdu 30 % des territoires qu'elle avait conquis en Irak. Les résultats sont donc clairement visibles mais ce sont les troupes au sol qui à terme devront faire la différence.

Défaire l'E.I. sera un travail de longue haleine auquel la Belgique continuera de prendre part. Le gouvernement a en effet décidé de constituer un EPAF Expeditionary Air Wing avec les Pays-Bas. La Belgique fournira des Forces de protection au détachement néerlandais jusque fin 2015 et probablement jusqu'en juillet 2016 avant de reprendre les opérations aériennes. Deux officiers de liaison belges seront également affectés au CAOC d'Al Udeid.


Texte : V. Pécriaux
Photos : La Défense et V. Pécriaux