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mercredi 20 septembre 2017

Tirs et Bombardements

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Dès 1947, une première unité spécialisée dans le remorquage de cibles, désignée "Flight 600", est constituée à Coxyde et dotée de Miles Martinet TT.1 et de Mosquito T.III. Le terrain de Coxyde est idéalement situé puisque, à cette époque, les exercices de tir ont lieu au large du littoral tout proche et qu'une zone militaire est réservée près de Nieuport au tir air-sol et à l'entraînement au bombardement.

Un an plus tard, le 12 janvier 1948, cette même base accueille l'Ecole de Chasse. Le Flight 600 y est intégré et prend la dénomination officielle d'Escadrille de tir (bien que cette unité soit à l'époque également appelée Ecole de tir). Quoi qu'il en soit, elle est remplacée en juin 1949 par un Flight de tir dont la mission consiste à remorquer des cibles pour les avions des escadrilles en période de tir mais également pour l'Ecole d'Artillerie antiaérienne de Lombardsijde.

A cette époque, des Spitfire Mk XIV viennent parfois suppléer les Martinet et les Mosquito pour les exercices de tir à la cinémitrailleuse. Travaillant au profit des pilotes confirmés en période de tir et des nouveaux brevetés en formation, le Flight est très sollicité. En 1951 les Mosquito sont portés au standard TT.III. De plus, trois Mosquito TT.VI sont acquis en octobre de la même année. Tous ces appareils disparaîtront progressivement, les Martinet en 1954 et les Mosquito deux ans plus tard, lors de la dissolution du Flight.

Sylt

Le début des années 50 est également marqué par plusieurs accords signés avec des pays de l'OTAN et prévoyant l'utilisation de divers champs de tir par les escadrilles de la Force Aérienne. Ainsi, entre 1950 et 1953, plusieurs campagnes de tir sont menées à Cazaux (France) et à Leeuwarden (Pays-Bas). En 1954, un accord est conclu avec les autorités britanniques. Il autorise la Force Aérienne à s'entraîner au tir et au bombardement à Sylt, sur l'île de Westerland (Frise septentrionale, Allemagne). L'application de cet accord nécessite la création d'un "Flight avancé de Sylt". Ce Flight ne dispose que d'un personnel administratif et de techniciens, les avions et le personnel navigant sont prélevés dans les unités stationnées sur l'île pendant leur période de tir.

Quelques pilotes et un officier d'armement à Coxyde en préparation d'une période de tir à Sylt. Photo: Coll V. Pécriaux
Meteor - Coll. V. Pécriaux

Il est à noter que pendant quelques mois (février 1954 - mai 1955), certaines missions de remorquage de cibles seront confiées aux Meteor F.8 de l'éphémère 24ème escadrille.

Le Détachement belge de Sylt fait place, à partir du 1er juin 1957, au Flight de remorquage de Sylt. Dépendant administrativement du 13ème Wing, le nouveau Flight a pris en compte les Meteor F.8 de la 33ème escadrille, supprimée quelques mois plus tôt. Il sera directement rattaché à la base de Coxyde l'année suivante, à la suite de la dissolution du 13ème Wing.

Solenzara

La présence des Belges en Frise septentrionale n'est à ce moment plus qu'une question de mois car la Force Aérienne a décidé d'envoyer ses unités pratiquer le tir sous des latitudes plus hospitalières. Des accords ont en effet été pris avec la France pour l'utilisation de la base aérienne 126 et du polygone de tir de Solenzara, en Corse. Le Flight de remorquage de Sylt est dissous le 30 juin 1960 et remplacé par le Flight de remorquage de Solenzara, qui aligne plusieurs Meteor F.8 et T.7. Toutefois, le 9 novembre 1963, ce dernier flight spécialisé est à son tour rayé de l'ordre de bataille de la Force Aérienne. Désormais, les cibles seront tractées directement par des avions appartenant aux unités en période de tir.

Le polygone de tir de Solenzara est avant tout utilisé par les unités de la Force Aérienne pour le tir air-air, que ce soit le tir au canon ou le tir de missiles.

Fouga en vol vers Solenzara - Photo: via Maj Avi e.r B. GILLART
Mitrailleuse Fouga - Photo: via Maj Avi e.r B. GILLART


Au fil des ans, plusieurs types de cibles ont été employés : cibles Radoop et Dart (cible rigide en frigolite) dans les années 60-65 (CF-100), Dart entre 1965 et 1972 (F-104G), Tetraplan et Secapem (cibles textiles ou acoustiques, F-104G, Mirage 5 et F-16). Lors d'une séance de tir sur cible textile, plusieurs avions sont en lice. Chaque appareil dispose d'un même nombre d'obus d'exercice colorés différemment et qui laissent une trace en traversant la "clache". Celle-ci est ensuite larguée et récupérée. Il ne reste plus alors qu'à comptabiliser les coups au but pour évaluer les performances de chacun.

Mirage V et cible secapem
F-16 et la clache - Photo: via Maj Avi e.r B. GILLART

 

La cible acoustique, quant à elle, est dotée d'un micro qui capte le sifflement des obus et détermine leur distance par rapport à la cible. Ces données peuvent être communiquées directement au pilote.

En ce qui concerne le tir air-air, les GAR-8, précurseurs du Sidewinder, qui équipaient les escadrilles de F-104G, étaient tirés au-dessus de la mer du Nord sur une roquette tirée par un autre avion. Le moteur de l'engin émettait un rayonnement infrarouge suffisant pour permettre le "lock on". Pour l'AIM-9 Sidewinder, le principe est similaire: le missile est tiré sur un leurre thermique largué par avion.

Clache - Résultats après les tirs
Clache
Clache

Le premier tir d'un missile air-air reste un événement important dans la carrière d'un pilote de chasse et à son retour celui-ci se voit offrir (contre quelques tournées au bar) le cordon qui sert d'interface entre l'avion et le missile.

Le cordon
Cibles Tetraplan et Secapem - Photo: D. De Wispelaere
F-16 équipé de cibles Secapem

Et en Belgique?

Si la Force Aérienne "s'expatrie" régulièrement sur l'Île de Beauté pour ses campagnes de tir air-air, essentiellement en raison de la sécurité offerte par les grands espaces réservés pour procéder aux différents tirs, il ne faut pas oublier qu'elle dispose depuis 1953 d'un champ de tir situé à Helchteren, à quelques kilomètres de Kleine Brogel. Ce domaine d'environ 300 hectares est placé sous l'autorité directe de l'OTAN mais dépend administrativement du 10ème Wing tactique.Communément appelé "Pampa Range", le site est principalement dédié au bombardement (généralement au moyen de bombes d'exercice), au tir de certains missiles air-sol, au tir de roquettes (notamment par les A109 de l'Aviation légère de la Force terrestre) et au tir au canon.

Le champ de tir comprend neuf "targets" principaux constitués de diverses cibles, généralement des engins blindés, des véhicules divers et quelques F-84F. Différentes techniques de bombardement sont utilisées (lay dow, dive, loft, nuclear bombing, …). Des déflecteurs permettent également aux pilotes de bombarder certaines cibles à l'aide de leur radar de bord. Les bombes d'exercice, qui reproduisent les caractéristiques balistiques de charges réelles, émettent un panache de fumée au contact du sol ou de la cible. Des pieux de couleur orange sont placés à intervalles réguliers et, comme une règle graduée, permettent aux observateurs postés dans les deux tours du site de calculer à l'aide des instruments de mesure optique nécessaires les coordonnées exactes du point d'impact. Un autre système utilisé consiste à fournir depuis chaque tour un relevé en azimut du point d'impact. Il suffit alors de reporter les deux coordonnées obtenues sur une table graduée à l'aide de deux simples ficelles dont l'une des extrémités, fixe, représente le point d'observation (tour) et qui, en se croisant, indiquent précisément le point de chute de la bombe et la distance par rapport à la cible.

Largage d'une bombe d'exercice par un F-16
Coup au but?

Pour les bombardements de nuit, les bombes utilisées n'émettent plus un panache de fumée mais un flash très lumineux visible pendant les quelques secondes nécessaires au calcul des coordonnées.

En ce qui concerne le tir au canon, les coups au but sont, eux, comptabilisés automatiquement à l'aide d'un système acoustique. Les résultats des tirs sont transmis aux unités des avions tireurs, ce avant même qu'ils ne rejoignent leur base.

Tir canon - Photo: J-P Guillaume
A-10 en plein action - Tir canon - Photo: J-P Guillaume

Pour l'anecdote, on notera que la petite équipe présente sur place se compose de plusieurs pompiers qui, en termes d'interventions réelles, sont sans doute parmi les plus sollicités de la Force Aérienne. On compte, en effet, en moyenne un incendie tous les trois jours sur le range!

Autres sites

A ces divers sites, on peut encore ajouter, entre autres, celui de Vlieland (Pays-Bas) ou encore celui de Monte Real (Portugal) où depuis quelques années l'OCU F-16 s'entraîne dans le cadre de son Air to Ground Course.


Texte: V.Pécriaux
Photos: Coll. V. Pécriaux, Maj Avi e.r B. GILLART, V.Pirard/Aviascribe, D. De Wispelaere, J-P Guillaume
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