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samedi 29 avril 2017

Recce

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Les débuts

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En 1946, la reconnaissance ne figure pas au nombre des priorités de l'état-major de la toute jeune Force Aérienne. Les moyens mis en œuvre dans ce domaine se limitent dans un premier temps à quelques Spitfire FR.14 pourvus d'un compartiment abritant une caméra oblique Vinten F-24. Ces appareils, reconnaissables à leur hublot situé juste derrière le cockpit (généralement du côté gauche), équipent les 1ère, 2ème et 350ème escadrilles.

Le dispositif de reconnaissance est renforcé quelque peu à partir de 1947 par les Auster AOP.6 des 15ème et 16ème escadrilles.

Toutefois, la disparition progressive des Spitfire et le transfert imminent des Auster à la Force terrestre posent à nouveau la question de la nécessité de disposer d'une unité de reconnaissance digne de ce nom. C'est pourquoi, dès 1953, un petit groupe de pilotes est formé à la reconnaissance tactique sur F-84E Thunderjet. Un détachement belge est constitué au sein du 83ème Groupe anglo-belge sur la base de Wahn (Cologne).

Ce noyau forme entre octobre 1953 et septembre 1954 le C flight du 2 squadron de la RAF. Ses moyens sont bien modestes puisqu'il ne comprend que cinq pilotes et quatre F-84E, ultérieurement portés au standard G, encore dépourvus de caméra. L'observation s'effectue donc à vue ! Heureusement, à partir d'août 1954, les Thunderjet sont modifiés pour accueillir une caméra américaine de type K-24, installée en bout d'aile dans le réservoir gauche. Le traitement des films s'effectue dans une roulotte mise à disposition par la RAF.

La 42ème escadrille de reconnaissance

Le 15 septembre 1954 marque un tournant dans l'histoire de la reconnaissance aérienne militaire belge. C'est en effet à cette date qu'est créée la 42ème escadrille de reconnaissance. Totalement autonome, elle est équipée de F-84G.

RF-84F - FR23
RF-84F - FR18

Août 1955 voit l'arrivée des premiers RF-84F Thunderflash livrés, tout comme les Thunderjet quelques années plus tôt, par les Etats-Unis dans le cadre du MDAP (Mutual Defense Assistance Program). Ces appareils, acquis à raison de 34 exemplaires, sont entièrement dédiés à la reconnaissance photographique. Leur long nez vitré peut abriter, selon les configurations requises, jusqu'à six caméras de types K-17c, K-22, K-38 et T-11. Ils sont également équipés d'un périscope permettant au pilote de voir le terrain survolé.

RF-84F - FR 33
RF-84F - FR 27

Le développement, l'impression et l'interprétation des photos sont assurés par la MFPS (Mobile Field Photo Section) de l'escadrille. Les spécialistes de cette section, qui prendra bientôt l'appellation de MFPU (U pour Unit), opèrent dans des semi-remorques Von Lieven, fournis par l'Allemagne à titre de dommages de guerre.

En 1963, les caméras d'origine sont remplacées par des caméras britanniques Vinten 360 à objectifs interchangeables (45, 75, 150 et 300 mm). Elles utilisent des films de 70 mm. Au nombre de quatre par avion, ces caméras fonctionnent initialement avec une vitesse d'obturation d'1/1000ème ou d'1/2000ème de seconde. L'intégration d'un système automatique de réglage du diaphragme autorisera, à partir de 1965, des prises de vue au 1/1500ème ou au 1/3000ème, soit 4 ou 8 images par seconde.

Le Mirage

Au début des années 70, les RF-84F arrivent à bout de potentiel et doivent impérativement être remplacés. Le choix du gouvernement se porte sur le Mirage V BR, dont 27 exemplaires sont acquis en même temps que 63 Mirage V BA, appelés à remplacer les F-84F Thunderstreak, et 16 biplaces de conversion et d'entraînement.

Le premier BR se pose à Florennes le 6 juillet 1971. Les Mirage emportent cinq caméras Vinten 360.

Mirage V BR - BR 14
Mirage V BR - BR 15
Mirage V BR

En 1976, la 42ème escadrille se dote de caméras infrarouges Cyclope qui impriment sur support film des images générées électroniquement. Le système Cyclope se loge dans la partie avant d'un bidon ventral de 1300 litres spécialement aménagé.

Deux ans plus tard, les semi-remorques Von Lieven font place à de nouveaux laboratoires aérotransportables Baeten, de conception belge.

Déménagement vers Bierset
shelter Baeten
Mirage V BR - 30ème anniversaire


En 1993, le retrait du service actif des Mirage V, conséquence du Plan Delcroix (du nom du ministre de la défense de l'époque) et de la restructuration des forces armées, entraîne la dissolution de la 42ème escadrille. Pour la première fois de son histoire, la Force Aérienne se trouve privée de ses " yeux ", outils pourtant si indispensables en cas de crise.

Mirage V BR - BR 17
Mirage V BR - BR 23
Mirage V BR - BR 07
Mirage V BR - BR 13
Mirage V BR - BR 13
Mirage V BR - BR 23

 

La Nacelle Orpheus

Pour pallier cette absence, et dans l’attente d’une solution durable à plus ou moins long terme, un accord fut pris en 1995 avec la Koninklijke Luchtmacht pour obtenir en location deux nacelles de reconnaissance de type Orpheus. Ces nacelles, conçues pour les F-104G néerlandais et encore utilisées actuellement par les F-16A(R) du 206 squadron de Volkel, sont équipées de cinq caméras de type " Oude Delft " interchangeables de 70, 100 et 150 mm. Le système est optimisé pour la reconnaissance à vitesse élevée (270 à 590 noeuds) et à basse altitude (de 100 à 1.500 pieds)

La nacelle Orpheus
La nacelle Orpheus

C’est la 1ère Escadrille (2ème Wing Tactique de Florennes) qui s’est vue confier la reprise des missions de reconnaissance, une activité qui ne lui est pas tout à fait inconnue puisqu’en 1946 elle comptait dans son parc quelques Spitfire FR XIV de reconnaissance. Trois appareils (FA-81, FA-82 et FA-94) ont donc été câblés pour accueillir la nacelle et faire fonctionner les caméras. Ces appareils ne disposent toutefois pas de système de visée comme les F-16 hollandais. En effet, l’utilisation de ce matériel n’est que temporaire puisqu’il sera remplacé par le système MRP.

Modular Reconnaissance Pod

Le 29 décembre 1995, la Force Aérienne signait avec la firme belge SABCA un contrat portant sur la livraison de huit nacelles modulables de reconnaissance (Modular Reconnaissance Pod ou MRP), (comprenant l'intégration, la qualification du pod MRP et la modification des F-16), pouvant embarquer non seulement des caméras optiques mais également des capteurs électro-optiques ou infrarouges. Et c’est cette solution qui a été retenue par l’Etat Major. Les nacelles, entrées en service opérationnel en mai 1998, ne contenait au départ, que des caméras optiques classiques (il s’agit en fait des caméras Vinten récupérées sur les Mirage V BR, mais ont été remplacées par un système électro-optique (vidéo), comme sur les Tornado GR.1A britanniques. La SABCA a également, fin décembre 2000, été chargée de l'intégration et de la mise en oeuvre d’une caméra IRLS "VIGIL" (infra red line scan - scanner infrarouge à balayage linéaire). L’intégration d’un système de transmission des données en temps réel est également prévue à court ou moyen terme.

MRP
MRP

Mise en oeuvre

Comme la nacelle Orpheus, le MRP est installé en position ventrale sous l’appareil (station 5). Grâce à cette position centrale et à son profil aérodynamique, il est capable de résister aux facteurs de charge élevés. Il est non largable et peut être monté sur tous les F-16 MLU moyennant une adaptation des logiciels informatiques. Les caméras sont commandées séparément par un panneau de contrôle et déclenchées en pressant un bouton situé sur le stick. Le pilote dispose en outre de chaque côte de sa verrière d’un bras rétractable muni d’un oeilleton de visée prélevé sur les Mirage V BR.

MRP
MRP

Les capteurs embarqués dans le MRP sont les suivants:

1: la caméra 8010 à objectifs interchangeables de 3 pouces (75 mm) et 6 pouces (150 mm). Son boîtier possède un ccd linéaire de 4 096 pixels de haut sur 12 microns de large;

La caméra 8010
Caméra 8010 - zoom 3x

2: la caméra 8042 avec objectif de 18 pouces (450 mm). Son boîtier possède un ccd linéaire de 12 288 pixels de haut sur 8 microns de large;

Caméra 8042
Caméra 8042 - zoom 4x

3: le système infrarouge IRLS Vigil (qui a remplacé la caméra panoramique). Pour la prise de vue, cette caméra dispose de trois miroirs traités à l'or qui tournent à plus ou moins 20 000 tours/minutes et renvoient l'image sur un ccd composé d'un seul pixel de prise de vue.

Caméra Vigil
1. Emplacement d'un avion parti peu avant la prise de vue
2. Avion revenant d'un vol
3. Traces d'échappements moteurs

La nacelle peut être configurée de deux manières:

  • Configuration basse altitude (entre 80 et 700 mètres):
    • 1 caméra électronique 8010 à gauche (optique de 3 ou 6 pouces – angles de prise de vue de 12° ou 22°)
    • 1 caméra électronique 8010 à gauche ou à droite (optique de 6 pouces – angles de 12° ou 22°)
    • 1 caméra électronique 8010 à droite (optique de 3 pouces – angles de 12° ou 22°)
    • 1 caméra Vigil (horizon à horizon)
  • Configuration moyenne altitude (entre 1.700 et 10.000 mètres):
    • 1 caméra électronique 8010 à gauche (optique de 3 pouces – angles de 12° ou 22°)
    • 1 caméra électronique 8010 à droite (optique de 3 pouces – angles de 12° ou 22°)
    • 1 caméra électronique 8042 (optique de 18 pouces – angles de prise de vue sélectionnables par le pilote à 8°, 12°, 22°, 32°, 40°, 60° et 90° à gauche comme à droite)
    • 1 caméra Vigil (horizon à horizon)

Les images ainsi que d'autres informations (vitesse, altitude, coordonnées géographiques, données du système de mesure de position de l'avion, marqueurs, …) sont enregistrées sur des cassettes vidéo de type S-VHS-C de 45 minutes. Au retour de la mission, ces cassettes sont analysées par le GES (Ground Exploitation System). Ce système, mobile, se compose principalement d'enregistreurs vidéo et de PC. La bande est traitée sur un premier PC où l'interprète photo peut agrandir l'image, régler les contrastes, déterminer la taille des objectifs, etc. La carte de la zone survolée, elle, s'affiche à côté, sur un deuxième PC. L'analyse des bandes s'effectue en moins de 45 minutes.

Caractéristiques techniques:

Nacelle MRP Nacelle Orpheus
Longueur
4,1 m
Longueur
3,75 m
Largeur
72 cm
Largeur
47 cm
Hauteur
80 cm
Masse
350 kg
Masse à vide
230 kg
Masse avec caméras
max 459 kg (moyenne altitude)
max 374 kg (basse altitude)

Texte: Vincent Pécriaux
Photos: Daniel De Wispelaere, Coll. Vincent Pécriaux, Coll. JP Guillaume, Flight Recce 2 W Tac
Sources: Wings, Air Zone, Air Fan, Take-off, Per Udsen Company, J-M Caffeau.
Note: Reproduction interdite sans l'accord préalable écrit de leurs auteurs respectifs