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mardi 21 novembre 2017

Composante Radar

CRC GlonsLa surveillance de l'espace aérien belge et des aéronefs qui y pénètrent incombe principalement au Control and Reporting Center de Glons. Cette unité de la Force Aérienne est un des maillons de la gigantesque trame tissée par les radars de l'OTAN. Placé sous le commandement direct de l'Alliance, le CRC est relié par liaison de données aux autres CRC disposés à travers toute la zone OTAN qui s'étend de la Norvège à la Turquie ainsi qu'aux radars de veille AWACS.

Le CRC a pour mission de fournir 24 heures sur 24 une image radar de l'espace aérien belge - sa zone de responsabilité -, de détecter et d'identifier les appareils qui pénètrent dans cette zone, d'alerter les unités de défense aérienne et de diriger les intercepteurs vers les intrus. En temps de paix, il entraîne les pilotes de chasse aux procédures d'interception.

Sous son dôme, le CRC abrite un radar MPR (Medium Power Radar), développé par Thomson. Ce radar est de type tridimensionnel : il fournit des informations en termes de distance, d'azimut et d'altitude. Sa portée théorique, estimée à environ 450 kilomètres, est largement suffisante pour couvrir le territoire national. Pour garantir une couverture maximale, il travaille en collaboration avec l'Air Trafic Control Center de Semmerzake ainsi qu'avec les stations radar civiles de Saint-Hubert et Bertem.

Le CRC se compose d'une Escadrille de Contrôle et de Défense aérienne scindée en deux branches principales:

  • la section de surveillance aérienne (Air Surveillance) génère l'image aérienne et identifie les aéronefs qui survolent la zone de responsabilité. Elle est supervisée par un Track Production Officer et composée d'officiers d'identification (Identification officers) ainsi que de spécialistes chargés de suivre les appareils détectés (Trackers).
  • la section d'interception aérienne (Air Intercept) contrôle les interceptions et les vols d'entraînement au combat aérien. Elle comprend des contrôleurs (Fighter Controllers) dirigés par un Fighter Allocator.

Ces deux sections sont chapeautées par le Master Controller qui contrôle l'ensemble des opérations et assure la liaison avec les échelons supérieurs.

Le CRC comprend également une Escadrille Maintenance qui procède à l'entretien et à des améliorations techniques apportées aux matériels ainsi qu'une Escadrille Défense Support chargée de la protection des installations, de la formation du personnel et de diverses tâches administratives.

Un peu d'histoire

A l'origine, l'organisation de la surveillance radar en Belgique est, à l'instar des autres composantes de la Force Aérienne à cette époque, calquée sur le modèle britannique. C'est d'ailleurs en Grande Bretagne, à Yatesbury, que sont formés dès 1947 les premiers opérateurs belges. Les différents radars (type 15, 14 et 13) sont dans un premier temps déployés à Brustem puis à Eben-Emael où est dispensée la formation du personnel.

En 1950, deux stations radar sont installées à Maldegem (puis à Coxyde) et à Beauvechain. Ces deux stations, appelées respectivement GCI n°1 et n°2 (Ground Control Intercept) transmettent leurs informations au Centre de Contrôle d'Evère (Centre AVIA). Cette situation n'est que transitoire car la couverture de la zone est du pays n'est pas optimale. L'Etat-Major se met donc à la recherche d'autres sites. Finalement, ceux de Semmerzake (près de Gand) et de Glons sont retenus.

A Glons, les travaux, qui prévoient la construction d'un bunker de trois étages enterré, débutent en 1951-52. Deux ans plus tard, un nouveau radar azimutal TSP-1D, fourni par les Américains dans le cadre du programme MDAP, est réceptionné. Les GCI prennent à cette époque la dénomination de CRC 1 et 2.

Radar Senonchamps1955 voit la création d'un Control Reporting Post (CRP) à Senonchamps (Bastogne). Equipé de radars TPS-1D et TPS-10D, il vient "boucher les trous" de la couverture en Ardenne. Deux Reporting Posts Coastal sont également mis en place sur le littoral.

En 1959, la formation du personnel est transférée à Semmerzake.

En 1961, le CRC 2 est redésigné CRC Glons. De nouveaux radars de type FPS-33 (d'une portée de 300 km) et FPS-6 (chercheur d'altitude) sont pris en compte. L'acquisition de ce nouveau matériel, complété bientôt par un radar de détection FPS-88LD, entraîne la disparition du CRP de Senonchamps.

En 1963, la station de Semmerzake prend en charge le contrôle du trafic aérien. Elle est d'ailleurs renommée Trafic Coordination Cell deux ans plus tard et opère en coopération avec une cellule civile à laquelle se substituera dès 1973 Eurocontrol, à Maastricht.

1968 marque un tournant dans la détection radar puisque les stations belges sont intégrées dans le réseau NADGE (Nato Air Defense Ground Environment) de l'OTAN.

Cette intégration et l'évolution des technologies imposent l'achat de nouveaux matériels. En 1972, la Force Aérienne perçoit le radar tridimensionnel MPR.

En 1979, la Trafic Coordination Cell de Semmerzake est rebaptisée Trafic Control Center. Il est à noter que le TCC conserve son statut de Reporting Post en matière de défense aérienne. Il est équipé l'année suivante d'un radar tridimensionnel GE 592 permettant de distinguer le trafic civil du trafic militaire.

La première liaison opérationnelle avec une station radar aéroportée (AWACS) est établie en 1986.

Au tournant du siècle, le CRC Glons a entamé une modernisation de ses installations, concrétisée par le système ASE (Aegis Site Emulator) permettant notamment aux opérateurs de travailler au départ de stations SUN et non plus sur des consoles classiques. Il s'agissait d'une étape transitoire en attendant la mise en place en 2004 de l'ACCS (Air Command and Control System) développé par ThalesRaytheonSystems et qui assure une planification intégrée des opérations aériennes.


Texte : Vincent Pécriaux
Photos : Daniel De Wispelaere, Vincent Pécriaux, J.Huart
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